Absalon ouvre un espace d’expression critique destiné à celles et ceux qui font la littérature d’aujourd’hui.
Souvent, au gré de nos rencontres et de nos discussions, nous avons pu constater que de nombreuses voix de l’écriture contemporaine partageaient le souhait d’avoir des outils pour mieux comprendre leurs intuitions, leurs implications, et les mettre en commun. De même, lectrices et lecteurs disent avoir souvent du mal à se repérer dans une production proverbialement pléthorique. En marge des effets de mode apparents et des vogues saisonnières, quels sont donc les lignes de force, les singularités, les antagonismes qui traversent la création actuelle ? Et, en lisant, en écrivant, comment s’y inscrit-on, comment y participe-t-on ?
Confrontée au monde complexe et de plus en plus difficilement représentable qui est le nôtre, aux régimes de vérité instables, douteux, qui dévaluent le langage, aux intelligences qui s’artificialisent et s’offrent de supplanter les créations de l’esprit, l’écriture rencontre un ensemble de questions inédites. C’est à la rencontre de ces questions que nous irons ensemble.
Ce cheminement impose quelques partis pris. Face à la surproduction éditoriale et à l’accumulation des contenus, nous choisissons la rareté, avec un nombre restreint de contributions. S’il semble évident de faire une place à l’actualité des parutions, nous souhaitons également (surtout) prendre de la marge par rapport à ce flux, nous inscrire dans une autre temporalité de réception. Revenir sur certains textes récents demeurés inaperçus ; en reconsidérer d’autres avec le recul du temps ; tracer à travers l’œuvre de tel auteur des lignes transversales ; rencontrer telle autrice pour interroger sa pratique ; repérer dans le contemporain des questionnements thématiques inexplorés.
Enfin, parce qu’il en va également d’une certaine forme de cosmopolitique, cruciale aujourd’hui, il est indispensable de donner une résonance concrète à ce qui irrigue et constitue notre manière d’habiter littérairement le monde, et qui ne s’arrête évidemment pas aux limites d’une littérature nationale. Devant les nouveaux rapports de force qui s’installent, dont les équilibres sont aussi violents que chaotiques, plus que jamais doit s’affirmer une réalité culturelle européenne, au sein de laquelle la circulation littéraire joue, historiquement, un rôle actif – une réalité qui n’est ni une « identité », ni un « marché », mais un tissu d’échanges et de traductions, de récits et d’influences mutuelles, l’expression d’un espace commun.
Comité éditorial :
Jérôme Ferrari, Hélène Gaudy, Mathieu Larnaudie, Xabi Molia, Blandine Rinkel et Lucie Taïeb